Une Vie Pleine après toute tumeur cérébrale – Nicole Abouhalka

  le 09 mai, 2022

Il y a une Vie Pleine après toute tumeur cérébrale.

La compassion et la patience envers soi-même et la détermination sont, à mon humble avis, essentielles à la Vie pour reprendre tous ses droits et donner le temps au cerveau de créer de nouvelles connections. C’est ce que j’ai appris.

Le sommeil et le repos sont d’autres facteurs aussi essentiels pour ce rétablissement. Le secret est d’apprendre à écouter son corps.

Un changement d’optique et d’angle de vision pourrait mener à la découverte en soi de qualités et de capacités inconnues jusque là.

Je pense comme exemple à une autoroute que nous prenons régulièrement sans vraiment faire attention à ce qui l’entoure, plongé.e.s que nous sommes dans nos pensées.

Toute tumeur représente la destruction de cette autoroute. Est-ce qu’on s’arrête d’arriver à destination?

Il nous faut prendre des ‘détours’ inconnus, peut-être plus longs mais qui permettront de découvrir de nouveaux paysages peut-être moins bien structurés et asphaltés mais aussi riches, sinon plus, et plus beaux, plus paisibles.

Est-ce un désastre ? ! En fait oui ça représente un bouleversement majeur et dans mon cas j’en avais beaucoup subi en 64 ans. J’en subi toujours à 81 ans.

Est-ce que j’en sort indemne? Non. J’y laisse beaucoup de plumes, chaque fois mais chaque fois je découvre de nouvelles capacités dans ma volonté de bien vivre et une remise en question de l’échelle des valeurs.

Je ne souviens pas quand j’ai commencé à prendre de l’aspirine pour mes fréquents maux de tête. Je sentais un calotte glacée me couvrir la tête pour quelques secondes. Je perdais l’odorat, le goût et l’ouïe. Je sentais souvent une douleur aigüe dans ma joue gauche que je mettais sur le compte d’une mauvaise dent. Je négligeais tous ces symptômes et les attribuais au niveau très élevé de stress dans ma vie.

En Ontario, cette année-là, pour aller chez un audiologiste il fallait la référence du médecin de famille. Le mien a été bien inspiré pour demander un scan de mon cerveau.

Dans mon cas, fin mai 2004, c’était un gros méningiome du côté gauche : ou l’ablation ou la chaise roulante.

Je devais gérer une angoisse viscérale pour moi et ma famille. Je n’avais pas le droit de m’effondrer, j’avais un mari malade et difficile à contenter, qui n’avait pas encore été diagnostiqué officiellement atteint d’Alzheimer.

J’ai pensé, si je dois finir dans une chaise roulante autant risquer la chirurgie. Et si je ne sors pas de la salle d’opération???

Cette angoisse, toujours présente à l’arrière plan, refait surface avant chaque test, à chaque mal de tête, chaque fourmillement à la joue gauche, chaque problème de santé.

A la fin de l’entrevue avec le neurochirurgien, 7 semaines après le diagnostique, entre autres questions existentielles j’ai demandé « Est-ce que ma tumeur est dû à tout le chocolat que j’ai mangé? » Il a finalement souri.

C’était fin juillet. L’opération avait été décidée pour le jeudi 15 octobre, après la fête de l’Action de Grâces. J’en ai informé mon mari qui ne pouvait comprendre le sérieux de cette situation. Toutefois mes trois fils m’ont demandé pourquoi je ne les avais pas tenus au courant. « Je ne voulais pas vous inquiéter. » Leur réponse m’a bouleversée encore plus. « Nous aurions pu être à tes côtés dès le début. »

Après plus de 9h en salle d’opération, avec une partie seulement de la tumeur enlevée, 10 jours à l’hôpital et presque un mois au lit, je me suis retrouvée comme un nouveau-né à tout devoir réapprendre, trouver les mots et les formuler, m’habiller, tenir un couteau, manger avec une fourchette ou une cuillère, tenir un crayon et former les lettres et récupérer la force de mes muscles mais surtout coordonner mes pensées, mes yeux et mes doigts.

Pendant 4 ans j’ai eu des maux de tête. L’audiologiste m’a suggéré de demander un scan pour ma nuque parce que m’a tête avait été stabilisée dans une position qui aurait pu déplacer des vertèbres. C’était mon cas. Nicole Abouhalka

J’ai réappris à vivre, à conduire mon auto sans me sentir submergée par le trafic, à tolérer les bruits, les couleurs vives, même la lumière électrique. Pour la première fois de ma vie j’ai pu admirer une fleur qui éclot, une araignée qui tisse sa toile.

J’ai appris également à exprimer simplement mes besoins pour faciliter la tâche des merveilleuses personnes qui m’ont aidée.

J’ai voyagé. J’ai reçu des ami.e.s. J’ai écrit des lettres dans les journaux et participé à des présentations au Conseil de la Municipalité de Guelph, ON. et d’autres organismes.

J’ai participé à La Marche des Tumeurs Cérébrales et à toutes les réunions du Groupe de Support, car seulement un survivant peut apprécier le cheminement.

En résumé, ma vie était à nouveau remplie de joies, de peines, de succès et de défaites.

Je continue à revoir l’échelle des valeurs après chaque épreuve et j’essaye très fort de ne pas me laisser abattre, pour moi et ceux qui m’entourent.

Bon Courage. Vous y arriverez.

Nicole Abouhalka