Questions et réponses avec le Dr Raymond Reilly

  le 30 novembre, 2021

Le financement de la recherche n’est pas seulement important – il est essentiel !

Le Dr Raymond Reilly est pharmacien autorisé en Ontario (partie B) et professeur titulaire et directeur du Centre d’oncologie pharmaceutique de la Faculté de pharmacie Leslie Dan de l’Université de Toronto. Il a obtenu son B.Sc. en pharmacie et sa M.Sc. en pharmacie nucléaire à l’Université de Toronto. Il a ensuite effectué une résidence en pharmacie nucléaire à l’hôpital Chedoke-McMaster de Hamilton, en Ontario, et a exercé en tant que pharmacien nucléaire au University Health Network. Il a ensuite obtenu son doctorat en biophysique médicale à l’Université de Toronto et a été nommé à temps plein à l’Université de Toronto en 2003.

En 2019, le Dr Reilly a reçu une bourse de recherche de la Fondation canadienne des tumeurs cérébrales pour son projet intitulé « Nanomédecine de rayonnement pour le traitement peropératoire du glioblastome multiforme (GBM) ».

Après l’achèvement de son projet, la Fondation canadienne des tumeurs cérébrales l’a contacté pour en savoir plus sur ce qui l’a conduit à réaliser ce projet de recherche, sur les résultats, sur son équipe et sur ce qui l’attend…

Qu’est-ce qui vous a incité à réaliser un projet de recherche sur les tumeurs cérébrales ?

Il est important de comprendre que dans la recherche sur le cancer, une découverte s’appuie sur une autre découverte. Ainsi, notre idée d’un nanomédicament à rayonnement pour le traitement du glioblastome multiforme (GBM) est née de nos travaux antérieurs sur l’étude de cette approche pour traiter les tumeurs du cancer du sein. Dans ces études antérieures, nous avons constaté que l’infusion d’un nanomédicament radiologique, composé de petites particules d’or (nanoparticules d’or) attachées à un radio-isotope, dans une tumeur du cancer du sein chez une souris, a complètement arrêté la croissance de la tumeur. Nous avons également constaté qu’il n’y avait pas de toxicité pour les tissus normaux, puisque le rayonnement n’a été déposé que dans la tumeur grâce à l’  « effet d’ancrage » des nanoparticules d’or qui retiennent le radio-isotope dans la tumeur. Ainsi, la nanomédecine radiologique traite la tumeur par rayonnement, mais évite l’irradiation des tissus normaux, minimisant toute toxicité pour ces tissus.

Un jour, j’ai écouté un séminaire présenté par le Dr James Rutka, un neurochirurgien qui traite des patients atteints de GBM, qui parlait de ses travaux sur les nanoparticules d’or pour améliorer l’administration de la chimiothérapie aux tumeurs cérébrales. J’ai approché le Dr Rutka après le séminaire et lui ai dit que nous étudions également les nanoparticules d’or, mais qu’elles sont liées à un radio-isotope pour le traitement du cancer du sein, et je lui ai demandé s’il pensait que cette approche pourrait fonctionner pour le traitement des tumeurs cérébrales. Le Dr Rutka s’est montré très enthousiaste à l’idée, et nous nous sommes donc associés pour présenter une demande à la Fondation canadienne des tumeurs cérébrales afin d’étudier un nanomédicament radiologique pour le traitement du GBM, la tumeur cérébrale la plus commune et la plus mortelle. Nous avons été ravis de recevoir le soutien de la Fondation pour tester cette nouvelle idée !

Comment motivez-vous l’équipe au sein de votre laboratoire et comment inspirez-vous les autres à faire de la recherche sur les tumeurs cérébrales ?

J’ai le privilège de superviser des étudiants diplômés très intelligents, dévoués et très motivés qui poursuivent leur doctorat en recherche sur le cancer dans mon laboratoire. Ces étudiants sont motivés à faire avancer leurs recherches. Constantine Georgiou, un doctorant de mon équipe, dirige le projet de la Fondation. Il a obtenu des résultats très prometteurs en étudiant la nanomédecine radiologique pour le traitement du GBM. Mener des recherches sur le cancer est un défi, car le plus souvent, nos idées ne fonctionnent pas comme nous l’espérions. Cependant, il arrive parfois qu’une idée fonctionne encore mieux que nous l’espérions, et lorsque cela se produit, c’est une sensation extraordinaire et une récompense plus que suffisante pour toutes les fois où nos idées n’ont pas fonctionné ! C’est le cas de nos études sur la nanomédecine radiologique pour le traitement des GBM, dans lesquelles nos résultats se sont avérés meilleurs que ce que nous avions imaginé. Ces résultats nous motivent encore plus à poursuivre l’étude de cette approche en vue de faire progresser ce traitement vers un essai clinique chez les patients atteints de GBM à l’avenir.

Dans le cadre du projet financé par la Fondation canadienne des tumeurs cérébrales, quelle est, selon vous, la principale leçon à retenir pour le grand public ? Est-ce différent de ce que retirent les chercheurs ? Si oui, comment ?

J’espère que le grand public retiendra surtout que les scientifiques ont beaucoup d’idées pour améliorer le traitement du cancer, mais qu’ils ont besoin du soutien d’organismes comme la Fondation canadienne des tumeurs cérébrales pour tester ces idées. Ce n’est que grâce au soutien de la Fondation et des donateurs de la Fondation que mon équipe a pu tester cette nouvelle idée de traitement du GBM. Une autre leçon à retenir est qu’un petit montant de financement de la recherche peut permettre à une équipe de chercheurs de tester une idée, d’obtenir des résultats prometteurs, puis d’obtenir des fonds de recherche plus importants d’autres organismes pour continuer à étudier l’idée. Dans notre cas, le soutien de la Fondation nous a permis d’obtenir un soutien supplémentaire de la Société canadienne du cancer pour poursuivre cette recherche.

Je pense que les chercheurs en cancérologie doivent retenir qu’une idée prometteuse pour le traitement d’un type de cancer peut également être appliquée à un autre type de cancer. Dans notre cas, la nanomédecine de radiation que nous avons développée pour le traitement du cancer du sein a été appliquée à des études sur le traitement du GBM qui ont donné des résultats très prometteurs.

Y a-t-il quelque chose qui vous a surpris dans ces résultats ?

Je n’ai pas été vraiment surpris, mais j’ai été très encouragé de constater que le nanomédicament à rayonnement était efficace pour le traitement des tumeurs GBM chez les souris.

Quelles sont vos prochaines étapes ?

Nous sommes en train de répéter les expériences qui ont démontré que le nanomédicament radiologique était efficace pour le traitement des tumeurs GBM afin de confirmer nos résultats. Ensuite, nous prévoyons de rédiger un article de recherche sur cette étude et de le soumettre pour publication dans une revue de médecine nucléaire de premier plan. Nous avons reçu le soutien de la Société canadienne du cancer pour poursuivre l’étude de la nanomédecine radiologique pour le traitement du GBM en utilisant un autre radio-isotope et en la combinant avec l’immunothérapie, une nouvelle classe de médicaments pour le traitement du cancer. En fin de compte, nous aimerions faire progresser la nanomédecine de radiation vers un essai clinique chez les patients atteints de GBM.

Pourquoi le financement de la recherche est-il si important ?

Le financement de la recherche n’est pas seulement important, il est essentiel. Il permet aux chercheurs en cancérologie de tester leurs idées, dont certaines peuvent s’avérer très prometteuses et pourraient conduire à des avancées significatives dans le traitement du cancer à l’avenir. Le financement de la recherche est également important car il permet aux doctorants de se former à la recherche sur le cancer en travaillant sur le projet de recherche. Ainsi, le financement de la recherche sur le cancer présente deux grands avantages : il permet de faire progresser le traitement du cancer et de former les futurs chercheurs dans ce domaine, qui feront de nouvelles découvertes pendant des décennies !