Après avoir pris soin des autres, apprendre à prendre soin de soi
En tant que médecin de famille à Sussex, au Nouveau-Brunswick, la Dre Sharon McCutcheon a consacré des décennies à prendre soin de ses patients. Comme bien des médecins, elle avait l’habitude de faire passer les besoins des autres avant les siens.
Même lorsqu’elle souffrait de maux de tête et se sentait épuisée, Sharon croyait que le stress en était la cause.
En 2011, Sharon est allée consulter un collègue pour ce qu’elle croyait être un problème de sinus. Une tomodensitométrie (TDM) a révélé ce que personne ne soupçonnait : un méningiome de la taille d’une petite orange. Quelques heures plus tard, elle s’est retrouvée face à un neurochirurgien qui lui a annoncé qu’elle devrait subir une opération au cerveau quelques jours avant Noël.
« Je me suis rendu compte que je n’avais pas d’autre choix que de penser à moi, cette fois-ci », explique Sharon. « En tant que médecin, on a toujours le réflexe de prendre soin des autres. » 
Perdre le contrôle
L’opération n’était que le début.
Après son retour à la maison, Sharon a développé une infection postopératoire qui a nécessité une nouvelle intervention chirurgicale. Les médecins ont été contraints de retirer une partie de son crâne pour traiter l’infection. Quelques mois plus tard, elle a subi une nouvelle intervention afin de recevoir un implant crânien en acrylique. Alors qu’elle traversait une période de convalescence difficile, Sharon a également dû faire le deuil soudain d’un membre de sa famille pendant la période des Fêtes.
À toutes ces épreuves s’ajoutaient des difficultés émotionnelles invisibles, qui passaient souvent inaperçues.
« À mon retour au travail, j’avais perdu confiance en moi », raconte-t-elle. « J’avais l’impression de faire des erreurs. »
Habituée à être celle sur qui tout le monde pouvait compter, Sharon a eu beaucoup de mal à composer avec la perte de son autonomie. Des crises d’épilepsie imprévisibles l’empêchaient de conduire. Même la sollicitude de ses proches, pourtant bien intentionnée, pouvait parfois être difficile à supporter.
« Je venais de m’occuper de deux ou trois mille patients », raconte-t-elle. « Puis, après les crises d’épilepsie, on ne me laissait même plus aller marcher seule. » 
Au-delà de la guérison physique
Six ans après son opération, les crises d’épilepsie de Sharon sont devenues de plus en plus fréquentes et imprévisibles. Elle a finalement pris la difficile décision de fermer le cabinet de médecine familiale qu’elle avait mis des années à bâtir.
Si les effets physiques d’une tumeur cérébrale étaient bien compris par la plupart des gens, Sharon trouvait beaucoup plus difficile de parler de ses répercussions sur le plan émotionnel.
Au début, elle s’est convaincue que ce n’était « que du stress ».
Avec le recul, elle réalise que l’anxiété et la dépression ont aussi marqué son parcours.
« Je voulais que les gens sachent qu’ils n’ont pas à cacher ce qu’ils ressentent », explique-t-elle. « Ça fait partie d’un tout. »
En tant que médecin et survivante d’une tumeur cérébrale, Sharon a acquis une nouvelle compréhension de ce que vivent les patients, au-delà de ce qui apparaît dans un dossier médical. Le fait de vivre avec des crises d’épilepsie l’a aidée à comprendre, de façon profondément personnelle, les réalités auxquelles bon nombre de ses patients étaient confrontés en silence depuis des années. 
Trouver un chemin vers la guérison grâce à l’écriture
Tout au long de son rétablissement, Sharon s’est tournée vers l’écriture.
Ce qui n’était au départ qu’un journal intime s’est peu à peu transformé en quelque chose de bien plus grand.
« Je me suis dit que si j’en faisais un livre, mes petits-enfants comprendraient ce qui s’était passé pendant cette période de ma vie », raconte-t-elle.
Après des années à peaufiner son manuscrit, Sharon l’a finalement soumis aux Éditions Nimbus. Lorsque son manuscrit a été accepté, Sharon espérait que son histoire offrirait aux autres ce qui lui avait tant manqué au cours de son propre parcours : de la compréhension.
Dans son récit autobiographique, Brain Storms: My Life with a Brain Tumour, Sharon raconte non seulement son expérience de la maladie, mais aussi les réalités émotionnelles associées à une tumeur cérébrale, notamment l’anxiété, l’incertitude et la résilience, qui demeurent souvent invisibles. Cela rappelle aussi aux lecteurs que l’humour peut jouer un rôle important dans le processus de guérison.
Un message d’espoir
Aujourd’hui, près de 15 ans après son diagnostic, Sharon va bien. Au fil des ans, ses IRM de suivi se sont espacées, témoignant de la stabilité de son état.
Elle espère qu’en partageant son histoire, les personnes touchées par une tumeur cérébrale, ainsi que leurs proches, se sentiront moins seules.
Chaque parcours est différent lorsqu’on est touché par une tumeur cérébrale, mais Sharon est convaincue d’une chose :
Il n’y a aucune honte à demander de l’aide, à reconnaître les répercussions émotionnelles d’un diagnostic ou à trouver son propre chemin vers la guérison.
